Page:Pétrarque - Mon secret, 1898.pdf/41

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


genoux à mains jointes[1], je remplis le ciel et l’air des soupirs les plus amers, j’inondai la terre d’un déluge de larmes, et néanmoins, au milieu de tout cela, je suis resté tel que j’étais jusqu’à ce qu’une méditation profonde m’eût mis devant les yeux toute l’étendue de ma misère. Aussi, dès que j’ai voulu fermement, à l’instant même j’ai pu, et avec une promptitude merveilleuse et très heureuse, j’ai été transformé en un autre Augustin. Tu connais, si je ne me trompe, les détails de cette histoire d’après mes Confessions.

Pétrarque. Oui, je les connais, et je ne puis oublier ce figuier salutaire sous l’ombre duquel le miracle s’est opéré[2].

S. Augustin. Tu as raison, car ni le myrte, ni le lierre, ni même le laurier que l’on dit cher à Apollon (quoique le chœur entier des poètes en soit épris, et toi surtout qui, seul de ton époque, as mérité de porter une couronne tressée de son feuillage), ne doivent être plus agréables à ton âme, rentrant enfin au port après tant de tempêtes, que le souvenir de ce figuier qui te présage un espoir certain d’amendement et de pardon.

Pétrarque. Je ne contredis pas ; continuez.

S. Augustin. Je reprends ma thèse tendant à démontrer que jusqu’à présent tu es dans la situation de bien des gens auxquels on peut appliquer ce vers de Vir-

  1. Confessions, VIII, 8.
  2. Confessions, VIII, 12.