Page:Pétrarque - Mon secret, 1898.pdf/62

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


contenir tant de difformités. De là ce fléau des fantômes qui déchirent et mettent en pièces vos pensées, et dont la variété mortelle barre le passage aux méditations lumineuses par lesquelles on s’élève à la seule et suprême clarté.

Pétrarque. Vous avez parlé admirablement de ce fléau en plusieurs endroits, et surtout dans le livre de la Vraie Religion, avec laquelle il est tout à fait incompatible. Je suis tombé dernièrement sur ce livre en sortant de la lecture des philosophes et des poètes ; aussi l’ai-je lu avec un vif enthousiasme, comme le voyageur que la curiosité entraîne hors de sa patrie, et qui, en franchissant le seuil inconnu d’une ville fameuse, épris du charme nouveau des lieux, s’arrête çà et là et promène ses regards sur tout ce qu’il rencontre.

S. Augustin. Cependant, tu verras que ce livre reproduit en grande partie (quoiqu’en d’autres termes, comme il convenait à un docteur de la vérité catholique) la doctrine philosophique et principalement celle de Socrate et de Platon. Et pour ne te rien déguiser, sache que c’est surtout un mot de ton Cicéron qui m’a déterminé à commencer cet ouvrage. Dieu a béni mon dessein, et quelques semences ont produit une riche moisson. Mais revenons à notre sujet.

Pétrarque. Comme il vous plaira, excellent père. Mais auparavant, je vous en prie, ne me faites point mystère du mot qui, dites-vous, vous a fourni la matière d’une si belle œuvre.