Page:Pétrarque - Mon secret, 1898.pdf/64

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nulle part sain et sauf, nulle part en sûreté. Voilà pourquoi chaque fois qu’un esprit généreux aborde dans l’occasion la pensée de la mort et les autres méditations à l’aide desquelles on pourrait aller à la vie, et que par sa pénétration naturelle il descend au fond de lui-même, il lui est impossible d’y rester : la foule des passions diverses le chasse et le rejette en arrière. Il en résulte qu’un dessein si salutaire avorte par une trop grande mobilité. De là naissent cette discorde intestine dont nous avons beaucoup parlé, et cette anxiété de l’âme courroucée contre elle-même, alors qu’elle a horreur de ses souillures et qu’elle ne les efface pas ; qu’elle reconnaît les voies tortueuses où elle est engagée et qu’elle ne les quitte pas ; qu’elle redoute le péril qui la menace et qu’elle ne l’évite pas.

Pétrarque. Ah ! malheureux que je suis ! Vous venez de sonder la profondeur de ma blessure. C’est là le siège de ma douleur, c’est par là que je crains la mort.

S. Augustin. À la bonne heure ! l’abattement a disparu. Mais, comme nous avons prolongé l’entretien d’aujourd’hui sans interruption, remettons, s’il te plaît, le reste à demain, et maintenant respirons un peu en silence.

Pétrarque. Le repos et le silence sont deux choses qui vont bien à ma langueur.