Page:Pétrarque - Mon secret, 1898.pdf/97

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


S. Augustin. Tu as parfaitement trouvé la lumière sous les nuages. C’est ainsi que la vérité réside dans les fictions des poètes et qu’on l’entrevoit par de légères fissures[1]. Mais, comme il faudra revenir de nouveau à cette question, réservons le reste pour la fin.

Pétrarque. Pour ne point m’engager dans des sentiers inconnus, où voulez-vous revenir ?

S. Augustin. Je n’ai point encore sondé les plaies les plus profondes de ton âme, et j’ai différé à dessein, afin que, venant en dernier lieu, mes conseils se gravent mieux dans ta mémoire. Dans un autre dialogue, nous traiterons plus amplement des appétits charnels dont nous avons dit un mot.

Pétrarque. Allez maintenant où vous voudrez.

S. Augustin. À moins que tu ne sois d’un entêtement sans pudeur, il n’y a plus à contester.

Pétrarque. Rien ne me serait plus agréable que de voir banni de la terre tout sujet de contestation. Aussi n’ai-je jamais disputé qu’à regret sur les choses qui me sont le mieux connues, parce que le débat qui s’élève, quoique entre amis, a un caractère d’aigreur et d’animosité contraire aux lois de l’amitié. Mais passez aux choses sur les-

  1. Pétrarque ne séparait pas la poésie de l’allégorie. C’est un des travers de son temps. Il a développé ses idées à cet égard, notamment dans Lettres de Vieillesse, IV, 5, et il en a fait une application rigoureuse dans ses Églogues.