Page:Palante - La Sensibilité individualiste, Alcan, 1909.djvu/102

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Mais il est trop clair que cette doctrine n’a d’individualiste que le nom. En effet, elle insiste exclusivement sur ce qu’il y a de commun chez les individus humains ; elle néglige de parti pris ce qu’il y a en eux de divers, de singulier, de proprement individuel ; bien plus, elle voit dans ce dernier élément une source de désordre et de mal. On le voit, cette doctrine est plutôt une forme de l’humanisme ou du socialisme qu’un véritable individualisme.

Qu’est-ce donc que l’individualisme ? Entendu dans le sens subjectif et psychologique que nous venons de dire, l’individualisme est un esprit de révolte antisociale. C’est, chez l’individu, le sentiment d’une compression plus ou moins douloureuse résultant de la vie en société ; c’est en même temps une volonté de s’insurger contre le déterminisme social ambiant et d’en dégager sa personnalité.

Qu’il y ait lutte entre l’individu et son milieu social, c’est ce qu’il n’est guère possible de contester. Une vérité élémentaire de sociologie, c’est qu’une société est autre chose qu’une somme d’unités. Par le fait du rapprochement de ces unités, les parties communes et semblables tendent à se fortifier et à écraser les parties non communes. Une certaine notion d’un ordre social extérieur et supérieur aux individus se forme et s’impose. Elle s’incarne dans des règles, des usages, des disciplines et des lois, dans toute une organisation sociale qui exerce une action incessante sur l’individu. D’autre part, dans tout individu (à des degrés divers, il est vrai, suivant les individualités)