Page:Paris, Paulin - Romans de la Table Ronde, tome 1.djvu/218

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
212
LE SAINT-GRAAL.

Quand la mère a pondu trois œufs, elle sent en elle une froideur glaciale, si bien que, pour les faire éclore, elle a recours à une pierre nommée piratite, que l’on trouve dans la vallée d’Ébron, et dont la propriété est d’échauffer et brûler tout ce qui vient à la frotter. Si elle est doucement touchée, elle retient sa chaleur première, et dès que l’oiseau l’a trouvée, il la lève avec précaution, la dépose sur son nid, et la frotte assez pour qu’elle embrase le nid et fasse éclore les œufs. Bientôt, enflammée par le mouvement qu’elle s’est donné, la mère est réduite dans une cendre que ses nouveau-nés dévorent à défaut d’autres aliments. Ils naissent deux mâles et une femelle : le désir de posséder la femelle rend les deux frères ennemis mortels. Ils s’attaquent, se déchirent et meurent des coups terribles qu’ils se sont mutuellement portés. Si bien que la femelle, restée seule, se reproduit comme on vient de voir : on lui donne le nom de Serpeliou.

Il est fâcheux qu’un oiseau si merveilleux et si rare ne vienne ici que pour effrayer le pauvre roi Mordrain et pour lui enlever son pain bis. Mais à ces moments d’angoisse succédèrent des heures plus riantes : le roi, sans avoir mangé, se trouva parfaitement rassasié : le bel homme revint le visiter à plusieurs reprises, et pourtant ses exhortations ne l’empêchèrent pas de céder