Page:Paris, Paulin - Romans de la Table Ronde, tome 1.djvu/52

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braient avaient pris un développement plus chimérique. De défenseur plus ou moins heureux de la patrie insulaire, il devint ainsi le vainqueur des Saxons ; le souverain des trois royaumes ; le conquérant de la France, de l’Islande, du Danemark ; la terreur de l’empereur de Rome. Bien plus, affranchi de la loi commune, les Fées l’avaient transporté dans l’île d’Avalon ; elles l’y retenaient pour le faire un jour reparaître dans le monde et rendre aux Bretons leur ancienne indépendance. Tel était déjà l’Artus des chants bretons, longtemps avant la rédaction de Geoffroy de Monmouth. Ces chants, surtout répandus en Armorique, étaient écoutés dans toute la France avec une grande curiosité, au moment où la récente conquête des Normands leur assurait en Angleterre un accueil également favorable. C’est alors que Geoffroy de Monmouth s’appuya de la chronique informe de Nennius pour faire entrer ces traditions fabuleuses dans la littérature latine, d’où bientôt elles devaient passer dans nos Romans de la Table ronde.

Mais Nennius tient dans les domaines de la véritable histoire une place que Geoffroy s’est interdit le droit de réclamer. S’il a recueilli beaucoup de traditions fabuleuses, il l’a fait de bonne foi. On reconnaît dans son livre plus d’un souvenir précieux et sincère.