Page:Paris, Paulin - Romans de la Table Ronde, tome 1.djvu/53

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La passion de Wortigern pour la fille d’Hengist, la perfidie des Saxons, les vains efforts des Bretons pour éloigner ces terribles auxiliaires, tout cela est du domaine des faits réels. L’auteur, étranger aux procédés de la composition littéraire, rapporte avec une parfaite candeur les deux opinions répandues de son temps sur l’origine des Bretons. « Les uns, » dit-il, « nous font descendre de Brutus, petit-fils du Troyen Énée ; les autres soutiennent que Brutus était petit-fils d’Alain, celui des descendants de Noé qui alla peupler l’Europe. » Ainsi, tout en se rendant l’écho des traditions populaires, Nennius ne se prononce pas entre elles et garde la mesure qu’on peut attendre d’un historien sincère. Il ne parle pas même de Merlin, mais d’un certain Ambrosius dont on a fait le premier nom du fabuleux prophète des Bretons. Pour Nennius, Ambrosius n’est pas encore un être surnaturel, c’est le fils d’un comte ou consul romain. Il ne raconte pas les amours d’Uter-Pendragon et d’Ygierne, renouvelées d’Ovide. Il se contente de nous dire d’Artus qu’il conduisait les armées bretonnes, et qu’il avait livré douze glorieux combats aux ennemis de son pays. « Au temps d’Octa, fils d’Hengist, » lisons-nous à la fin de son livre, « Artus résistait aux Saxons, ou plutôt les Saxons attaquaient les rois bretons qui