Page:Paris, Paulin - Romans de la Table Ronde, tome 1.djvu/91

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dix scribes tiendront note de tout ce qu’il annoncera.

La maison construite, Merlin se met à prophétiser, et les clercs écrivent ce qu’il lui plaît de chanter :


O rabiem Britonum quos copia divitiarum
Usque superveniens ultra quam debeat effert !…


Après un long accès fatidique, le poëte, sans trop prendre souci de nous y préparer, fait intervenir Telgesinus ou Talgesin, qui, nouvellement arrivé de la Petite-Bretagne, raconte là ce qu’il a appris à l’école du sage Gildas. Le système que le barde développe résume les opinions cosmogoniques de l’école armoricaine. Il admet les esprits supérieurs, inférieurs et intermédiaires. Puis le vieux devin passe en revue les îles de la mer. L’île des Pommes, autrement appelée Fortunée, est la résidence ordinaire des neuf Sœurs, dont la plus belle et la plus savante est Morgen ; Morgen connaît le secret et le remède de toutes les maladies ; elle revêt toutes les formes ; elle peut voler comme autrefois Dédale, passer à son gré de Brest à Chartres, à Paris ; elle apprend la « mathématique » à ses sœurs, Moronoe, Mazoe, Gliten, Glitonea, Gliton, Tyronoe, Thyten, et l’autre Thyten, grande harpiste. « C’est dans l’île Fortunée, » ajoute Talgesin, « que, sous la conduite du sage pi-