Page:Paul Sébillot - Littérature orale de la Haute-Bretagne.djvu/145

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— Cest un gaillard bien adroit ; mais il fera un tour qui surpasse tous les autres, s’il parvient cette nuit à dérober les draps de lit sur lesquels ma femme et moi nous couchons.

— Oui, monsieur, il le fera.

— C’est ce que nous verrons, dit le seigneur en s’éloignant.

Le Fin voleur était bien embarrassé, et il fut quelque temps sans savoir comment il sortirait à son honneur de cette épreuve difficile ; puis il se mit à faire un bonhomme de paille comme ceux qu’on met dans les champs pour épouvanter les oiseaux. Il l’habilla avec ses vieilles hardes, le coiffa d’un chapeau tout déchiré, qu’il attacha avec soin, et, le soir venu, il l’apporta près de la maison du seigneur.

Il planta une échelle le long du mur, et fit monter devant lui le bonhomme de paille. Le seigneur, qui était sur ses gardes, le voyait tantôt monter, tantôt se baisser, comme s’il avait eu peur. Il ouvrit tout doucement la fenêtre et tira un coup de fusil sur le mannequin : le Fin voleur le laissa tomber ; ensuite il mit quelques grosses pierres dans les poches du prétendu mort et se tint prêt à tout événement.

En voyant tomber le bonhomme de paille, le seigneur crut avoir tué le Fin voleur, et il descendit avec sa femme pour l’ensevelir.