Page:Paul Sébillot - Littérature orale de la Haute-Bretagne.djvu/270

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te voir crever de faim que de te donner un morceau de mon pain.

— Où vas-tu ? dit la vieille.

— Construire un navire qui marche sur terre comme sur mer.

— Et bien ! répondit-elle, à tous les coups de hache que tu frapperas dans l’arbre, tu feras des cuillers et des fourchettes de bois.

— Ne viens pas me jeter des sorts, vieille sorcière, s’écria le marin, ou je t’en ferai repentir.

Quand il arriva au pied des arbres, il tira sa hache de son sac, et le premier coup qu’il frappa fit tomber, au lieu de copeaux, des fourchettes et des cuillers, et pareille chose lui arriva à la seconde fois et aux suivantes. Il pensait en lui-même :

— Elle me l’avait bien dit, la mauvaise vieille, que je n’aurais fait que des cuillers de bois.

Il se dépita et partit pour revenir à la maison.

Le second de ses frères lui dit :

— Tu n’as pas réussi ; je vais prendre ta place et voir si je serai plus heureux que toi.

Le lendemain, le second fils partit après avoir coupé un gros morceau de pain et pris sa hache. Il rencontra aussi la vieille bonne femme, qui lui demanda la charité.

— Non, dit-il, j’aimerais mieux te voir mourir que te donner un morceau de pain ou un sou.