Page:Paul Sébillot - Littérature orale de la Haute-Bretagne.djvu/271

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



— Où vas-tu comme cela ?

— Construire un navire qui marche sur terre comme sur mer.

— À tous les coups de hache que tu frapperas dans l’arbre, tu feras des pelles de bois.

Il frappa, en effet, dans un arbre, et il ne fit que des pelles de bois.

— Elle me l’avait bien dit, la vieille sorcière, murmurait-il en colère, que je n’aurais fait que des pelles.

Il se dépita et revint chez sa mère.

Quand il fut arrivé, Jean de l’Ours lui dit :

— Tu n’as pas réussi, toi ; je vais voir si j’aurai plus de succès.

— Non, repartit la mère, je ne veux pas que tu t’en ailles ; tu es trop mal vêtu.

— Cela ne fait rien, je veux essayer.

— Essaie, si cela te plaît, disaient ses frères ; tu ne réussiras pas plus que nous.

Le lendemain, il coupa aussi un gros morceau de pain, prit sa hache et se mit en route. Il rencontra encore la vieille bonne femme qui lui demanda la charité.

— Tenez, voilà mon pain, ma pauvre vieille, dit-il.

— Où vas-tu, Jean de l’Ours ?

— Je vais tâcher de faire un navire qui marche sur terre comme sur mer.