Page:Paul Sébillot - Littérature orale de la Haute-Bretagne.djvu/277

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



Je les touche bien do mes pieds ; mais la main me dépoigne.

Dieu me danse, mon fu, lui répondit l’autre, crache dedans, tu païsseras mieux après.

Le Jaguen cracha dans sa main, et il tomba dans le fond du prétendu coffre. Il parvint à en sortir à l’aide de son compagnon ; mais il sentait bien mauvais et ses habits aussi.

Quand ils se furent habillés, ils voulurent se compter, et ils dirent à la mode des Jaguens :

Ta et ma, ça fait iun ; i’ y en a iun de perdu ; eioù qu’il est ?

Ils restèrent quelques minutes à réfléchir, et ils avaient l’air si absorbé, que la servante, qui venait les voir, s’écria :

— Qu’est-ce que vous faites là tous les deux ?

Dieu me gagne, mon fu, s’écrièrent-ils, n’y a personne de perdu.

(Conté en 1880 par Joseph Macé, de Saint-Cast, mousse, âgé de quatorze ans.)


Ce récit invraisemblable, que mon conteur appelait une « couyonnade de Jaguen, » ressemble à une partie du Voyage des Jaguens à Paris, n° XXXVII des Contes populaires de la Haute-Bretagne, et au petit conte qui le suit. L’épisode du champ de lin pris pour la mer, qui figure dans les deux contes, n’est point particulier aux Jaguens. Vers Ercé oh attribue cette aventure aux Normands ; elle se retrouve dans plusieurs contes allemands