Page:Paul Sébillot - Littérature orale de la Haute-Bretagne.djvu/28

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ouïr le pilon d’une baratte qui battait le lait pour faire du beurre. Mais ni elle ni son mari n’avaient peur de ces bruits souterrains, car ils pensaient que les fées de la Houle de la Corbière étaient cause de tout cela ; elles passaient pour n’être point méchantes, et personne n’avait jamais eu rien à leur reprocher.

Une nuit, un pêcheur de l’Isle vint chercher le mari d’Agnès pour aller pêcher le lançon[1] dans la grève de la Mare. Pendant que son homme s’habillait, Agnès, qui était couchée, dit au pêcheur :

— Sais-tu quelle heure il est ?

— Non, répondit-il, je ne sais pas au juste.

À peine avait-il prononcé ces mots qu’une voix sortit de dessous terre et cria :

— Il est deux heures après minuit.

Loin de s’effrayer, les gens qui étaient là se mirent à rire, parce qu’ils avaient l’habitude d’entendre du bruit sous la pierre du foyer. Ils pensèrent que c’étaient les fées qui avaient répondu, et ils dirent à haute voix : « Merci ! »

À quelque temps de là, l’enfant d’Agnès tomba malade, si malade qu’il semblait prêt à trépasser, et sa mère se désolait, ne sachant ce que faire pour le secourir.

  1. Ammodites tobianus.