Page:Paul Sébillot - Littérature orale de la Haute-Bretagne.djvu/30

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s’empêcher de tout raconter à ses voisines : la nouvelle se répandit d’oreille en oreille jusque dans les villages, et Agnès, qui était obligeante, prêtait la bouteille à ceux qui avaient des enfants malades, et ils revenaient rapidement à la santé. Longtemps après cela, la colique prit le mari d’Agnès, et il se tordait, tant la douleur était violente. Agnès alla chez sa voisine chercher la bouteille, qui contenait encore un reste de liqueur ; mais la voisine la laissa tomber, et elle se brisa en mille pièces. La pauvre femme revint chez elle bien désolée, car son mari allait de mal en pis et semblait prêt à trépasser. Elle s’assit près du foyer, et tout en pleurant elle disait :

— Main bienfaisante, qui avez donné la bouteille qui a guéri mon petit gars et tant d’autres personnes, est-ce que vous allez laisser mon homme mourir ?

Elle ne reçut aucune réponse ; alors elle souleva avec un outil la pierre qui se levait, et elle cria au bord du trou en demandant du secours ; à la fin, la fée allongea la main et lui donna une bouteille en disant :

— Prends bien garde, Agnès ; voici la dernière bouteille que je puis te donner ; fais bien attention à ne la prêter à personne, et n’en parle à âme qui vive.

Dès qu’Agnès eut frotté son mari avec la li-