Page:Paul Sébillot - Littérature orale de la Haute-Bretagne.djvu/91

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— Ah ! te voilà, ma pauvre Eulalie ! Comment as-tu pu épouser Jean le Laid, qui est si vilain qu’il en fait donger[1] ?

— Je ne l’aime point, répondit Eulalie ; il est bien laid, et si je me suis mariée avec lui, c’est pour empêcher mon père de se revendre au diable.

Son mari, qui s’était caché tout près de là et qui écoutait ce qu’elle disait, la tua au milieu de la nuit.

Le lendemain, il alla chez son beau-père et lui annonça que sa fille était trépassée.

— Comment ! dit le bonhomme en pleurant, ma fille est morte ?

— Oui, répondit-il ; je l’ai tuée parce qu’elle ne m’aimait point. Et il faut que vous me donniez une autre de vos filles ou que vous me rendiez mon argent.

Quand le bonhomme parla à ses filles de se marier avec Jean le Laid, elles jetèrent les hauts cris, et elles déclarèrent qu’elles aimaient mieux voir leur père se revendre au diable que de faire comme leur sœur.

Alors le bonhomme appela le diable, qui arriva aussitôt. Quand les filles le virent, elles eurent si grand peur, si grand peur, que la seconde, qui se

  1. Répugnance, du breton donger.