Page:Pelletan - Le Monde marche.djvu/102

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teau sur le timbre lui coupait, disait-elle, la vie en trop de morceaux. Que dirait-elle aujourd’hui devant l’aiguille fiévreuse qui note non-seulement l’heure, mais la minute, mais la seconde ; car, à proportion que la vie marche plus vite, précipitée à toute vitesse, de toute l’impulsion du progrès, le temps, pour la suivre, doit battre nécessairement plus vite la mesure.

Mais qu’est-ce que le temps ? où était-il autrefois ? Comment l’homme en a-t-il pu faire la conquête, à cette époque encore trouble de l’histoire, où il végète lentement sur une terre qui tourne sous son pied, qui l’entraîne à son insu, l’engloutit dans l’ombre et le ramène à la lumière, sans lui montrer d’autre signe, lui tracer d’autre notion de l’heure que le lever ou le coucher du soleil ?

Quel géomètre aujourd’hui méconnu gradua le premier la journée, classa l’existence, mit l’homme en ordre du matin au soir et du soir au matin : tant pour la veille, tant pour le sommeil, tant pour le travail, tant pour le repos ? Qu’importe le nom de l’inventeur, si nous avons l’invention ? l’inventeur, c’est le progrès.

D’abord le gnomon, écrit l’heure sur la place publique, avec l’ombre du soleil heure de jour, heure de passage, collective, commune à toute la cité, précaire, incertaine, effacée par la pluie ou par le nuage.

Mais lorsque l’évolution naturelle de l’histoire amène l’homme à vivre davantage de la vie de foyer, de la