Page:Pelletan - Le Monde marche.djvu/109

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Poser autrement la question, c’est la déplacer. Eh ! qu’importe après tout que la musique ne puisse ajouter une note à la gamme, si de cette gamme inflexible elle a su tirer, par la diversité de combinaison, une inépuisable richesse d’harmonie ?

Il en est de même du progrès. Il ne donne pas une note de plus à la gamme inviolable du type humain, seulement il module à l’infini un air toujours nouveau, sur le même registre. Mais c’est là en conscience parler timidement. J’accepte la question comme vous l’avez posée. Vous me demandez si le progrès a donné à l’homme un doigt ou un organe de plus. Non pas un doigt ni un organe, c’est trop peu, je vous trouve trop modeste dans votre exigence, mais dix, mais cent, mais mille, mais dix mille, à ne savoir enfin comment les compter.

L’homme n’a que la main, n’est-ce pas ? pour agir. Or, qu’est-ce que la main ? À peine une once de chair ; un grain de sable la remplit, un autre la broie en tombant. Attendez toutefois. L’homme passe au pied des cèdres du Liban. L’arbre géant, du haut des siècles accumulés et superposés en lui, l’écrase du poids de sa grandeur plongeant à l’infini dans l’atmosphère, il va chercher à la hauteur du vol de l’aigle le vent de passage, et balance en grondant à travers sa cime une perpétuelle tempête. Mais tout à coup le tronc majestueux chancelle sur sa base avec un long craquement et roule sur le flanc de la montagne. Comment donc a-t-il croulé ? L’homme