Page:Pelletan - Le Monde marche.djvu/127

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de toute la hauteur de la tête n’importe quel hobereau, maire de son village.

Par je ne sais quelle mystérieuse concordance de la civilisation, tout ordre nouveau de travail introduit une nouvelle classe dans la société, et cette nouvelle classe une nouvelle armée intellectuelle de la liberté.

Lorsqu’au milieu du moyen âge la multitude confuse et anonyme du servage passa de la glèbe à la petite industrie du métier à la main, du métier à domicile, la liberté poussa son premier cri en Europe et sonna son premier tocsin. Ce fut l’heure des corporations, l’heure des communes, l’heure des républiques de tisserands et de forgerons de Gand, de Liège, d’Amiens, de Florence. Le beffroi montait à côté du donjon. Le tiers état venait de naître. Il devait continuellement grandir jusqu’au jour où il pourra dire : La nation c’est moi, et agir en conséquence.

Lorsque la découverte du Nouveau-Monde eut révolutionné la vie matérielle de l’homme, provoqué un continuel va et vient d’une rive à l’autre de l’Atlantique, accumulé l’activité sociale au bord de la mer, et improvisé, à la lisière mobile de la vague, comme d’autres capitales destinées à faire face aux colonies naissantes, le nouvel ordre de travail suscita encore une nouvelle classe, la classe commerçante, et cette classe commerçante donna aussitôt le signal d’une nouvelle recrudescence de liberté, non pas de liberté étroite, de liberté purement communale réduite à l’ombre du clocher,