Page:Pelletan - Le Monde marche.djvu/163

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


sistez encore à poser la question : Où est le progrès ? je renonce désormais à chercher la vérité, à la démontrer. Il n’y a plus de l’homme à l’homme, de vous à moi, un critérium commun de jugement.

Quant à la musique, un seul fait prouvera le progrès. L’antiquité ignorait l’harmonie.

Reste la poésie. Mais avant de décider entre le passé et le présent, commençons par déterminer le caractère de la poésie. La poésie est-elle, avant toute chose, un ordre de sentiments exprimé par la parole, ou simplement la forme destinée à noter en cadence cet ordre de sentiments ? Le vers est-il un idéal ou un vêtement ? La question, à coup sûr, vaut la peine d’être posée ; car chaque jour nous voyons confondre ces deux ordres d’idées essentiellement distincts cependant ; et à vrai dire, notre admiration à outrance de l’antiquité repose tout entière sur cette confusion.

Est-ce l’ordre de sentiments que vous glorifiez dans cette poésie ? Mais quels sentiments dignes de notre siècle trouvons-nous, par exemple, chez les héros d’Homère, chez ces rois sauvages, égorgeurs, rôtisseurs, cuisiniers en plein vent et amoureux, après le coup d’hydromel, de leur esclave, arrachée de la veille au foyer de son père et traînée de vive force dans la tente du vainqueur ? Nous trouvons des sentiments de bête fauve, la passion de plein bond, l’amour du meurtre, le pillage, le viol, l’invective, l’insulte au vaincu, la fourberie, le festin, l’ivresse et le repos du chacal,