Page:Pelletan - Le Monde marche.djvu/177

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des martyrs, et le doigt sur leur plaie, vous reprocher l’injustice de votre parole.

L’âme humaine a encore continué de penser, et pendant que le prêtre chrétien sommeillait sur la lettre, au lieu de suivre l’esprit vivant qui tourne sans cesse la page de l’Évangile éternel pour écrire sans cesse un nouveau feuillet, le monde laïque, plus instruit et mieux inspiré que le prêtre attardé au moyen âge et embarrassé dans sa robe pour marcher, développait le christianisme sous le nom de philosophie, et le répandait à pleines mains dans tous les ordres de faits, dans tous les ordres de pensées, dans la science, dans la loi, dans la politique, dans l’économie. La vérité sortit du sanctuaire et tomba dans le domaine commun. Le christianisme avait régénéré l’individu, la philosophie régénéra l’Europe. La charité, dilatée à la mesure de ce développement de l’âme, prit un titre nouveau, le titre d’humanité.

L’humanité, voilà désormais le mot d’ordre du progrès, le vôtre, le mien, celui de tout homme bien né au dix-neuvième siècle. Or, l’humanité, cette formule dernière de l’Évangile, c’est l’homme pensant partout d’une même âme, luttant partout d’un même cœur, de frontière en frontière ; c’est l’action et la réaction de la pensée de tous sur chacun et de chacun sur tous ; c’est l’âme collective du monde constituant l’influence essentiellement moderne de l’opinion ; c’est l’opinion décernant par ses innombrables voix la récompense morale de la