Page:Pelletan - Le Monde marche.djvu/229

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


paraisse la Grèce en territoire et en génie, au regard de l’historien, elle ne devait être et n’a été, en définitive, qu’un atelier de perfectionnement. Postée au carrefour du premier monde antique, elle devait recevoir à la hâte les diverses civilisations de l’Afrique ou de l’Asie, leur donner la dernière main, et déléguer le progrès accompli à un autre peuple plus à portée de le répandre sur l’Europe. Elle n’avait pas assez de champ autour d’elle pour déborder sur le monde, et de génie politique pour le soumettre à sa domination.

La Providence du progrès réservait cette œuvre au peuple romain. L’Italie est, géographiquement parlant, une variante de la Grèce, une péninsule comme la Grèce, couverte, par conséquent, sur ses flancs du danger des invasions, mais mieux encadrée qu’elle pour déblayer le sol de l’Europe. Le peuple romain eut au plus haut degré le génie de sa mission : il sut conquérir, organiser, administrer, coloniser, assimiler et percer de routes l’univers. Pervius orbis, ce fut sa devise. Par l’unité de son administration et de sa langue, il prépara l’unité intellectuelle, l’unité morale de l’Europe. Athènes avait donné l’art à l’humanité ; Rome lui donna la législation. Or, précisément à ce moment-là de l’histoire une idée partait du fond de la Judée, terre isolée et fermée comme une cellule jusqu’alors, pour verser au monde mieux que l’art, mieux que la législation : une âme commune et une sympathie commune, au nom du principe de charité et de fraternité. L’empire romain