Page:Pelletan - Le Monde marche.djvu/250

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les miasmes méphytiques du moyen âge ; d’avoir désossé l’homme de ses forces et de sa virilité, en lui enlevant les mirages, selon nous, très-dangereux, d’un progrès indéfini et continu sur ce petit globe. M. Pelletan, qui parle comme Platon, a le droit de rêver comme lui de beaux rêves. Mais nous, hélas ! il y a longtemps que nous sommes réveillé. Nous croyons plus beau et plus viril de regarder en face le malheur sacré de notre condition humaine, que de le nier ou d’en assoupir en nous le sentiment avec de l’opium. Ce suc des pavots, quelque bien apprêté qu’il soit, n’est bon qu’à donner le délire de la perfectibilité indéfinie et de la félicité sans limite sur une terre qui n’est, qui ne fut et qui ne sera jamais qu’un sépulcre blanchi entre deux mystères. »

Qu’est-ce à dire ? Tout à l’heure le rêve de progrès, même indéfini, même continu, était un instinct de Dieu, l’héroïsme de la pensée, et maintenant ce n’est plus qu’un mirage très-dangereux, quelque chose comme l’opium de l’intelligence ! Un quart d’heure de plus, et voilà l’appétit religieux de dévouement à l’humanité changé en péril pour l’humanité, et l’idéal sacré en poison ! Comment concilier ces deux idées ? Quel parti prendre entre ces deux antithèses ? Le parti, direz-vous, de croire à un certain petit progrès, relatif, modeste, tranquille, prudent, transitoire, progrès aujourd’hui, décadence demain, flux toujours suivi de reflux, paradoxe de mouvement dans l’immobilité, uniquement