Page:Pelletan - Le Monde marche.djvu/36

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chaque vent, qui va, qui vient sans autre raison d’aller et de venir que l’explosion instantanée de la sensation, qui vend le matin la tente où il a dormi la nuit, sans songer un instant qu’un nouveau tour de terre sous son pied va ramener l’ombre sur sa tête, et avec l’ombre la nécessité du sommeil.

Le vice n’est pas autre chose que cela ; interrogez-le à ce point de vue, et vous verrez qu’il est toujours le sacrifice de l’idée du lendemain à la pensée du moment. Retrancher à l’humanité sa perspective, c’est donc lui retrancher la sollicitation à l’activité. Quand le voyageur voit la montagne à pic dressée sur son passage, il murmure en lui-même : À quoi bon ! et il tombe de découragement sur le chemin.

La peste descend sur cette ville dans un vent de colère et frappe dès le premier jour une telle dîme sur la population, et jette et emporte pêle-mêle tant de vies dans le tombereau, que tous, hommes et femmes, croient du coup toucher à leur dernière journée. Puisqu’il faut mourir, mourons. Gagnons le néant de vitesse. Tirons encore une dernière joie de ce corps que nous allons perdre sans retour. Et les vins coulent au chevet du père mourant, et lès lampes du festin brûlent jusqu’au lever du soleil, à coté du cadavre à peine refroidi du frère, de la sœur, du proche ou de l’ami, et tous, hommes et femmes, marchent au-devant de la mort la main dans la main, le front couronné des roses souillées de l’orgie. Est-ce une histoire de fantaisie que