Page:Pelletan - Le Monde marche.djvu/37

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je vous raconte là ? non, c’est l’histoire d’Athènes, l’histoire de Florence, l’histoire de Marseille au siècle dernier. Dans, cette ville, sur cent mille âmes, on n’a pu retrouver que trois exemples de vertus. Si nous avions la certitude, par impossible, que demain l’an mil va venir et la terre rentrer dans l’abîme, vous verriez aussitôt les hommes rompre les rangs, et pendant les vingt-quatre heures de sursis, mettre les sociétés au pillage. Qui dit moralité dit confiance à la durée, et qui dit confiance à la durée dit espérance. C’est la voix du progrès.

Le choix du rêve sur le sort de l’avenir n’est donc pas indifférent pour notre conduite dans cette vie. Car nous agissons tous ici-bas selon que nous rêvons. Je dis rêve, je devrais dire idéal ; mais je veux rester dans votre hypothèse. Le temps du vrai mot n’est pas encore venu. À ce point de vue, la doctrine du progrès fût-elle une illusion que nous devrions la bénir ; car, en ouvrant à l’homme un champ d’action sans limite, car, en le grandissant, par la pensée, à la taille de l’humanité, car, en lui persuadant qu’il ne fait rien en vain, qu’il ne jette rien dans le temps à fonds perdu, elle l’encourage, elle l’excite à l’amélioration de lui-même, à l’amélioration de son semblable, à l’activité, à la vertu, à la gloire, toutes choses qui ont besoin de compter et qui comptent effectivement sur la durée. J’ai lu quelque part la devise des forts : Spes illorum est plena immortalitatis. Laissez-nous, en grâce, cette espérance pleine d’immortalité. Un homme, n’importe qui, le premier venu, a pré-