Page:Pelletan - Le Monde marche.djvu/61

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sur la terre pour continuer le progrès sous forme de civilisation.

Et en présence de cette admirable procession, de cette admirable hiérarchie de l’être à la recherche d’un type de plus en plus parfait, vous croyez pouvoir affirmer que la nature, du haut de sa majestueuse sincérité, inflige un démenti à nos théories. La nature aurait-elle donc deux paroles comme Janus avait deux visages, que partisans ou adversaires de la perfectibilité jurent à la fois par son évangile et comptent au même titre sur son approbation ?

Cependant, de deux choses l’une, ou bien tous les êtres de la planète sont égaux entre eux, également doués ; ou bien ils sont inégaux, inégalement approvisionnés de moyen d’existence.

Si les êtres sont égaux, fermons le débat. Évidemment point de progrès. J’ai tort, je le reconnais, j’emporte ma courte honte et je garde le silence. Mais personne, que je sache, n’a encore poussé l’intrépidité du paradoxe jusqu’à prétendre que végéter et vivre c’est tout un à l’échelle de l’être, et que le chardon sur sa motte de terre déploie autant de puissance de vie que l’aigle à travers l’espace.

Si les êtres, au contraire, sont inégaux, et c’est là le fait hors de page par excès d’évidence, la nature, en les créant, a dû, de toute nécessité, procéder au hasard, ou par coup de tête ; mais entre nous, hasard et coup de tête ne sauraient faire le texte d’un débat en matière de