Page:Pelletan - Le Monde marche.djvu/70

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il ne peut atteindre aucun animal à la course, il ne peut en éviter aucun.

Et comme si ce n’était pas encore assez d’infirmités accumulées sur une seule tête, la nature, si prodigue d’étoffe pour tous les premiers-nés de sa pensée, a oublié de donner un manteau à l’homme le jour de sa naissance. Elle a pour lui moins d’amour que pour le tigre, moins d’orgueil que pour l’alcyon. Elle le lance nu sur une terre âpre, à la pluie, au vent, à la neige, au soleil, — et le vent et la pluie et la neige et la canicule lui fouettent, lui glacent, lui hâlent et lui brûlent à vif l’épiderme. La souffrance, à chaque variation de température, l’enveloppe dans toute sa circonférence comme d’une seconde atmosphère.

Voilà l’homme au jour de l’Eden. Debout, immobile, poteau vivant dressé sur la création, désarmé, dépouillé, le dernier en force, le dernier par la marche, faible entre tous ses précurseurs de vie, et sans doute effrayé de sa faiblesse, étonné de son étrangeté, attristé de sa solitude, il dut sans doute, au premier moment, jeter autour de lui un regard d’angoisse et d’humiliation. Que pouvait être en effet pour lui-même, à son propre témoignage, cet être incomplet, insuffisant, inexplicable, grotesque, du moins par comparaison, avec son torse perpendiculaire, son double balancier flottant de chaque côté du corps, et terminé par une palme à chaque extrémité ?

Pourquoi ce bras ? pourquoi cette main ? à quel usage