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PENSÉES DE MARC-AURÈLE.

ceptes on a besoin[1] quand on les observe réellement, pour mener une existence facile, qui se rapproche de celle des Dieux ; car les Dieux n’exigeront certainement rien de plus que l’observation de ces préceptes de celui qui les aura gardés.

VI

Accable-toi de reproches, ô mon âme[2], accable-toi des reproches les plus sincères ; car tu n’auras plus le temps de te faire l’honneur que tu te dois à toi-même. Chacun de nous n’a qu’une vie ; et voici que la tienne est déjà presque achevée[3],

  1. De quel petit nombre de préceptes on a besoin. Simplifier sans cesse sa vie en la purifiant sans cesse, c’est un des préceptes les plus clairs et les plus utiles de la sagesse. La pratique même des choses y mène directement pour peu qu’on sache s’observer franchement soi-même ; on se détache petit à petit avant de tomber ; et la chute dernière, en nous isolant de tout, nous isole de bien peu de choses.
  2. Ô mon âme. Voilà un des rares mouvements d’éloquence pathétique que se soit permis Marc-Aurèle ; et c’est pour se faire un reproche à lui-même qu’il se permet celui-ci.
  3. Voilà que la tienne est déjà presque achevée. Voir plus haut, § 2. Il est probable que Marc-Aurèle sentait déjà sa fin prochaine quand il écrivait ceci. Bossuet, Serm. sur la Mort : « Je veux dire que notre esprit s’étendant par de grands efforts sur des choses fort éloignées, et parcourant, pour ainsi dire, le ciel et la terre, passe cependant si légèrement sur ce qui se présente à lui de plus près que nous consumons notre vie, toujours ignorants de ce qui nous touche, et non-seulement de ce qui nous touche, mais encore de ce que nous sommes… Il n’est rien