Page:Perrault - Contes des fées, 1886.djvu/89

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
89
RIQUET À LA HOUPPE.

La même fée qui avait assisté à la naissance du petit Riquet à la Houppe était présente ; et, pour modérer la joie de la reine, elle lui déclara que cette petite princesse n’aurait point d’esprit, et qu’elle serait aussi stupide qu’elle était belle.

Cela mortifia beaucoup la reine ; mais elle eut, quelques moments après, un bien plus grand chagrin : car la seconde fille qu’elle mit au monde se trouva extrêmement laide.

« Ne vous affligez pas tant, madame, lui dit la fée : votre fille sera récompensée d’ailleurs, et elle aura tant d’esprit qu’on ne s’apercevra presque pas qu’il lui manque de la beauté.

— Dieu le veuille, répondit la reine ; mais n’y aurait-il pas moyen de faire avoir un peu d’esprit à l’aînée qui est si belle ?

— Je ne puis rien pour elle, madame, du côté de l’esprit, lui dit la fée, mais je puis tout du côté de la beauté, et, comme il n’y a rien que je ne veuille pour votre satisfaction, je vais lui donner pour don de pouvoir rendre beau ou belle la personne qui lui plaira. »

À mesure que ces deux princesses devinrent grandes, leurs perfections crûrent aussi avec elles, et on ne parlait partout que de la beauté de l’aînée et de l’esprit de la cadette.

Il est vrai que leurs défauts augmentèrent beaucoup avec l’âge. La cadette enlaidissait à