Page:Perrault - Contes des fées, 1886.djvu/90

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
90
CONTES DES FÉES.

vue d’œil, et l’aînée devenait plus stupide de jour en jour : ou elle ne répondait rien à ce qu’on lui demandait, ou elle disait une sottise. Elle était avec cela si maladroite, qu’elle n’eût pu ranger quatre porcelaines sur le bord de la cheminée sans en casser une, ni boire un verre d’eau sans en répandre la moitié sur ses habits.

Quoique la beauté soit un grand avantage dans une jeune personne, cependant la cadette l’emportait presque toujours sur son aînée dans toutes les compagnies.

D’abord on allait du côté de la plus belle, pour la voir et pour l’admirer ; mais bientôt après on allait à celle qui avait le plus d’esprit, pour lui entendre dire mille choses agréables ; et on était étonné qu’en moins d’un quart d’heure l’aînée n’avait plus personne auprès d’elle et que tout le monde s’était rangé autour de la cadette.

L’aînée, quoique fort stupide, le remarqua bien ; et elle eût donné sans regret toute sa beauté pour avoir la moitié de l’esprit de sa sœur.

La reine, toute sage qu’elle était, ne put s’empêcher de lui reprocher plusieurs fois sa bêtise : ce qui pensa faire mourir de douleur cette pauvre princesse.

Un jour qu’elle s’était retirée dans un bois pour y plaindre son malheur, elle vit venir à