Page:Petit - De la vipère et des moyens de remédier à sa morsure.djvu/21

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Mangili[1] a prouvé par de nombreuses expériences, contrairement à ce que Fontana avait avancé, que le venin pouvait être pris à l’intérieur sans déterminer des accidents. Ce que l’on sait aujourd’hui de l’action décomposante du suc gastrique sur toutes les substances animales, explique pourquoi le venin de la vipère est sans effet quand il a été mis en contact avec les parois de l’estomac. Claude Bernard a vu, en faisant manger une soupe envenimée assaisonnée avec du curare à un chien, que le suc gastrique ne détruisait pas les propriétés toxiques du venin, puisque le contenu de l’estomac retiré à l’aide d’une fistule gastrique et inoculé à des animaux à sang chaud, leur avait donné la mort en deux minutes, bien que le carnivore n’en eût ressenti aucun effet. Probablement qu’il aurait obtenu un résultat opposé si le séjour du poison dans l’estomac eût été plus long.

Fontana avait prétendu que le venin, desséché et conservé depuis plus d’un an, inoculé dans le tissu cellulaire d’un animal, ne déterminait aucun effet. Mangili a prouvé que les accidents étaient aussi redoutables que s’il était frais. Voici des faits qui viennent à l’appui de son assertion. On cite l’histoire d’un homme qui fut mordu au pied à travers ses bottes et qui en mourut. Ces chaussures passèrent successivement à deux personnes qui périrent peu d’instants après les avoir mises. On découvrit que le crochet assassin était demeuré engagé dans le cuir et avait légèrement blessé ces deux malheureux.

Des empailleurs, des préparateurs naturalistes ont éprouvé des accidents graves, pour s’être piqués à des crochets venimeux qui étaient conservés depuis longtemps dans l’alcool.

  1. Mémoire sur le venin de la vipère, Annales de Chimie et de Physique, 1817, t. IV, page 169.