Page:Petitot - Collection complète des mémoires relatifs à l’histoire de France, 1re série, tome 3.djvu/30

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EXTRAITS

leurs bateaux furent pris et conduits à Mansoura, le 9 de la lune de Zilhigé [16 du même] : cette nouvelle perte mit le comble à leurs maux ; ils proposèrent au Sultan une trêve, et envoyèrent des ambassadeurs pour traiter. L’émir Zeineddin et le cadi Bedreddin furent nommés pour conférer avec eux. Les Français offrirent de rendre Damiette [1], à condition qu’on leur donneroit en échange Jérusalem et quelques autres

  1. Les Français offrirent de rendre Damiette. Je reviens encore à l’expédition des Croisés contre l’Égypte, en l’année de l’hégire 616 ; elle ressemble en bien des circonstances à celle de S. Louis : Damiette fut d’abord prise par les Chrétiens ; les deux armées franques campèrent au même endroit ; la communication entre Damiette et leur camp fut interrompue ; elles furent toutes les deux réduites à la dernière extrémité, et ces deux guerres finirent également par la reddition de Damiette. Pour en mieux juger, il faut voir le détail que fait Makrizi de cette guerre, qui dura depuis l’année 616 jusqu’en 618.

    Le sultan Melikul-Kamil, après la prise de Damiette par les Croisés, se retira à deux journées de cette ville, et campa à l’angle formé par la branche orientale d’Achinoum, où il bâtit ensuite la ville de Mansoura ; les princes croisés quittèrent les plaines de Damiette, et vinrent camper vis-à-vis l’armée du Sultan, de l’autre côté de la branche d’Achmoum : la communication entre l’armée Chrétienne et Damiette ayant été bientôt interrompue, les Croisés offrirent de rendre cette ville, à condition qu’on leur céderoit Jérusalem, Ascalon et Tibériade ; proposition qui fut rejetée : ils se trouvèrent dans le plus grand danger ; le Sultan fit passer de nuit des troupes par le bras d’Achmoum ; ces troupes firent une saignée sur le bord du Nil, qui était dans sa plus haute crue ; tout le camp des Croisés fut inondé, il ne leur resta qu’une chaussée étroite ; pour lors le Sultan fit jeter des ponts sur la branche d’Achmoum, et fit passer des troupes qui se saisirent de la chaussée : les Croisés brûlèrent leurs tentes, leurs machines de guerre, et voulurent prendre la route de Damiette, mais il leur fut impossible d’avancer ; ils offrirent de rendre cette ville, et la pais fut conclue, à cette condition, l’année 618 de l’hégire et de J. C. 1221. L’on ne peut pas douter que l’armée de S. Louis ne fût campée au même endroit où l’étoit celle des Croisés, trente-un ans auparavant, c’est-à-dire, proche l’entrée du canal d’Achmoum ; puisqu’avec des machines de guerre les Français jetaient des pierres dans le camp des Musulmans, qui étaient à Mansoura ; le bras d’Achmoum séparait les deux armées.