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DES MANUSCRITS ARABES.
subsiste encore, que la chaîne est toute prête et que l’eunuque est éveillé [1].

L’on fit des réjouissances au Caire et dans toute l’Égypte au sujet de la reddition de Damiette ; l’armée quitta son camp et retourna dans la capitale ; la Sultane combla de présens les officiers, et ses libéralités s’étendirent jusqu’au moindre soldat.

Le roi de France [2] après avoir échappé heureusement des mains des Égyptiens, résolut de porter la guerre dans le royaume de Tunis ; il choisit le temps qu’une disette affreuse ravageoit l’Afrique : il envoya un ambassadeur au Pape, que les Chrétiens regardent comme le vicaire du Messie ; ce pontife lui donna la permission de prendre pour cette guerre le bien des

  1. Le poëte fait ici allusion à la prison où S. Louis fut mis, et à l’eunuque qui le gardoit.
  2. Le roi de France. Les Égyptiens se repentirent d’avoir laissé échapper ce prince de leurs mains ; le bruit courut plusieurs fois qu’il méditoit de nouveau de porter la guerre en Égypte. Makrizi, dans son livre de la description de ce royaume, dit que ce bruit se renouvela sous le règne de Bibars-Elbondukdari ; ce Sultan assembla son conseil, et il fut résolu, pour être à portée de secourir la nouvelle Damiette qui venoit d’être bâtie proche l’ancienne, qui avoit été ruinée, de construire un pont depuis Kiloub jusqu’à cette ville : Kiloub est un village éloigné de Damiette de deux jours de marche ; quand le Nil est dans sa hauteur, les chemins, depuis ce village jusqu’à cette ville, sont impraticables. L’émir Achoub, un des principaux Mamelucs, eut la direction de cet ouvrage ; trente mille hommes furent employés à la construction de ce pont, et six cents bœufs transportoient les terres et les matériaux : le pont fut achevé en un mois ; il avoit de longueur deux journées de marche, et six cavaliers pouvoient y passer de front. Au reste ce pont ne devoit pas être fort élevé, puisqu’il n’étoit pas bâti sur le Nil, où il eut été impossible d’en construire ; ce qui prouve qu’il étoit bâti sur les terres, c’est qu’il ne devoit servir que dans l’inondation : c’étoit plutôt une chaussée qu’un pont ; elle étoit assez élevée pour être à l’abri du débordement du Nil, On en construit encore aujourd’hui de pareilles, pour empêcher qu’un terrain ne soit inondé.