Page:Petitot - Collection complète des mémoires relatifs à l’histoire de France, 1re série, tome 3.djvu/64

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DISSERTATIONS

de leurs sujets. Et parce que les grandes affaires de l’estat dont ils estoient accablez, ne leur permettoient pas toujours de vaquer à ces exercices pénibles, ils y commettoient en leurs places des comtes, qui y rendaient la justice en leur nom, et décidoient les différents en dernier ressort. Ils envoioient encore ces comtes quelquefois, comme je le justifie ailleurs, dans les provinces éloignées de leurs royaumes, pour soulager leurs sujets, et leur épargner de longs et fâcheux voyages. D’autre part, pour maintenir les juges ordinaires dans leur devoir, et pour veiller à leurs actions, ils envoioient en tous les endroits de leurs états des intendans de justice, nommés missi Dominici, qui examinoient leurs jugemens, reformoient les abus qui se glissoient dans la distribution de la justice, et recevoient les plaintes des sujets du Prince.

Les empereurs d’Orient jugèrent bien qu’il n’estoit pas aisé à leurs sujets d’aborder leurs palais, ni de présenter leurs plaintes à leurs personnes sacrées, qui sont ordinairement environnées de gardes et de courtisans [1]. C’est pourquoy ils voulurent qu’il y eût un lieu public dans Constantinople, où il fut loisible à un chacun d’aller porter ses mémoires et ses billets, qui estoient examinez tous les jours par le prince, qui en faisoit justice ; d’où ce lieu fut nommé Pittacium, c’est-à-dire billet. Mais nos rois en ont usé plus généreusement, et se sont gouvernez avec leurs sujets d’une manière plus obligeante et plus facile ; ils ont voulu recevoir eux-mêmes leurs plaintes, et pour leur donner un accès plus libre vers leurs personnes, ils se sont en quelque façon dépouillez de l’éclat de leur

  1. Codin, de orig. CP. p. 22. édit. Reg.