Page:Petitot - Collection complète des mémoires relatifs à l’histoire de France, 1re série, tome 4.djvu/321

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ANCIENS MÉMOIRES

peines et les malheurs de sa maîtresse, jetta les hauts cris, et versant des torrens de larmes, dit qu’elle n’ouvriroit point si Sa Majesté ne le luy commandoit absolument. La Reine luy fit signe de ne pas disputer davantage aux juifs l’entrée de sa chambre, et dans le même instant elle leva les yeux au ciel, pour luy recommander le salut de son ame, protestant qu’elle n’avoit point de regret de mourir innocente à l’exemple de son Sauveur, et priant Dieu de répandre ses bénédictions sur le duc de Bourbon son frère, sur la reine de France sa sœur, sur Charles-le-Sage, et sur toute sa famille royale. Elle n’eut pas plûtôt achevé ces paroles, que les Juifs entrerent en foule dans sa chambre. Ils trouvèrent cette sainte princesse couchée sur son lit, tenant dans l’une de ses mains un psautier, et dans l’autre un cierge allumé pour lire ses heures ; et tournant les yeux du côté de ceux qui venoient d’entrer, elle leur demanda ce qu’ils vouloient d’elle, et qui les avoit envoyé si tard pour luy parler. Ils luy répondirent qu’ils étoient au desespoir de se voir contraints de luy annoncer l’ordre sévère qu’ils avoient reçu du Roy de la faire mourir, et qu’il falloit qu’elle se disposât à l’instant à cette derniere heure.

Ce discours fut interrompu par les cris de ses filles, qui se déchiroient les cheveux, et faisoient retentir toute la chambre de leurs sanglots, et de leurs soûpirs, se disans l’une à l’autre qu’on faisoit injustement mourir la meilleure princesse du monde, conjurans le ciel de venger cette inhumanité sur ceux qui en étoient les auteurs. La pauvre Reine leur commanda de donner des bornes à leurs plaintes, ajoû-