Page:Petitot - Collection complète des mémoires relatifs à l’histoire de France, 2e série, tome 57.djvu/114

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DU PASSAGE DU KIUN. 1 1 1

dron sur elle. Mes gens voyant qu’ils étoient trop foibles pour les soutenir avec si peu d’hommes, rentrèrent cinq ou six pas dans l’eau et dès qu’ils virent que nous, qui nagions encore, les atteignions, ils s’avancèrent, et se mêlèrent a coups d’épée. La droite des ennemis fit fort bien son devoir, et perça jusqu’à moi, qui nageois encore : en sorte que le cheval de Pilois, étonné du feu, se renversa sur le mien, et faillit à me noyer ; mais mon cheval étant extrêmement hardi, je ne feignis point à lui donner une saccade, et de le tourner à gauche ; de sorte que d’un élan il passa sur la croupe de celui de Pilois, et me tira d’affaire. Il étoit encore eu balance qui céderoit, des ennemis ou de nous. Nous les voyions soutenus de deux autres grands escadrons, quand le Roi fit tirer notre canon très à propos, qui commençant d ébranler leur gauche, notre droite leur entra dans le flanc, et le désordre se mettant dans l’escadron de derrière, nous les culbutâmes tous l’un sur l’autre. Tout le monde les poussa, et je retournai aux cuirassiers pour les faire doubler sur la rive et en former un escadron. Je vis là le plus pitoyable spectacle du monde plus de trente officiers ou cavaliers noyés ou se noyant, et Revel à leur tête enfin le Rhin plein d’hommes, de chevaux, d’étendards, de chapeaux, et d’autres choses semblables ; car le feu de la droite des ennemis avoit été assez grand pour effrayer les chevaux, qui, se jetant sur la droite, tomboient dans un courant d’où personne ne revenoit. Ce fut là que je vis Brassalay, le cornette des cuirassiers, dont le cheval s’étoit renversé au milieu de l’eau, étant botté et cuirassé nager d’un bras et sauver son étendard de l’autre. Enfin cet escadron se forme, des cuirassiers se jettent gaiement à l’eau, voyant tout le désord-re du premier ; et M. le prince faisant toujours serrer le reste avec une telle diligence, quoiqu’il s’en noyât sans cesse, qu’en un moment j’eus quatre ou cinq escadrons de l’autre côté de l’eau. J’avois déjà passé la haie avec le premier escadron des cuirassiers ; et trouvant une petite plaine je commençai d’étendre ma droite vers le Rhin qui fait un coude dans cet endroit, et ma gauche au village du Tothus, mon front étant vers le Betaw. Mes ailes étoient assurées, et ma ligne étoit parallèle à celle qu’on pouvoit tirer du Wahal au Rhin. Il falloit défiler par des haies pour venir à moi. J’avois un espace raisonnable pour