Page:Petitot - Collection complète des mémoires relatifs à l’histoire de France, 2e série, tome 57.djvu/82

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DU MARÉCHAL DE GRAMONT. [lÔSg]

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sur du sable ferme que la rivière de Mançauarès arrose par cinquante petits canaux différens) pour avaler l’épaisse poussière du Prade. Il est vrai que comme c’est un lieu qui tient à Madrid, et qu’il faut un peu descendre pour aller à l’autre, cette paresse naturelle dont j’ai parlé ci-dessus le leur fait prëférer. Après les dix heures du soir, chacun sort en son particulier, et ils restent tous jusques à quatre heures du matin chez les courtisanes publiques, qui les savent engager par tant d’agrémens qu’il s’en trouve peu ou point qui s’embarquent à une galanterie d’une femme de condition. La dépense qu’ils font chez ces courtisanes est excessive ; car rien ne leur paroit cher de ce qui sert à leur divertissement. La plupart des grands se ruinent avec les comédiennes ; et j’en ai vu une fort laide et fort vieille, que 1 amirante de Castille aimoit à la fureur, à qui il avoit donné plus de cinq cent mille écus sans qu’elle en fût plus riche. La plupart de tout ce qu’il y a de gens à Madrid passent les nuits d’été dans les prés et dans les places publiques de la ville, où, -au premier coup de suRet, toutes les femmes de mauvaise vie (que l’on peut dire être en grand nombre) accourent, et là chacun se couple à sa fantaisie de sorte qu’on peut comparer ce spectacle au rut des cerfs, qui se fait à la fin de septembre dans les forêts. Cela paroît fabuleux cependant j’en parle après l’avoir vu de mes propres yeux. Ces sortes de dames, qui se nomment tapades, ont tellement perdu toute honte, que même le jour elles sautent au cou des personnes qui leur paroissent un peu bien faites.

Toutes sortes de maux vénériens y sont fort com-