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INTRODUCTION.

niers à se laisser entraîner dans le vil tourbillon du gain.

Après avoir distribué aux hommes tous les biens de la terre, Dieu, selon la légende allemande, en vit un qui songeait à l’écart, un poète ; — il lui dit : « Pauvre rêveur oublié, je n’ai plus rien à te donner, mais je t’accorde le droit de mépriser ce que j’ai donné aux autres. » Aujourd’hui, beaucoup des privilégiés de la muse ont abdiqué ce droit, et nous avons pu voir des écrivains de mérite se faire photographes ou confiseurs pour mieux attraper la fortune. Au milieu de ce mercantilisme, le cœur et la poésie sont devenus ce qu’ils ont pu.

Il y aurait toutefois injustice à ne pas reconnaître qu’il se produit actuellement une certaine réaction morale qui tend à paralyser l’action délétère du souffle matérialiste, dont l’atmosphère intellectuelle est infectée. Un retour vers des doctrines plus saines se manifeste sur tous les points de la France, au nom de la décentralisation littéraire ; quelques esprits d’élite, outrés de se voir entraîner par la mé-