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nos lycéens

pourvoyeurs de l’immoralité ; ajoutez-y dans les lycées l’absence d’enseignement moral et le mauvais emploi des congés, et vous aurez la recette pour faire un lycéen. Cette malheureuse question des jours de congé, j’y reviens encore, car elle est capitale ; d’autant que dans les maisons religieuses les internes sortent une ou deux fois par mois, tandis que beaucoup de lycéens sont libres tous les dimanches. Parmi eux il y en a tant qui ont des destinées étranges, un foyer organisé de travers et des lambeaux de famille, — ou bien même un père, un oncle, un tuteur surchargés de besogne et ne pouvant s’occuper d’eux. Les voilà lâchés sur le pavé de Paris où leur meilleure sauvegarde c’est d’être laids et sales ; mais chacun sait que c’est là une bien mince sauvegarde. Quant à la timidité, il suffit qu’elle ait été vaincue une fois et il se trouve toujours un camarade de bonne volonté pour aider à cette première défaite. J’ai vu les marins de Pierre Loti en bordée dans les rues de Brest ; ils sont si drôles, ils chantent si fort et malgré tout il leur reste une bonne figure si ouverte, qu’on se prend à rire en songeant avec indulgence à la rude vie qu’ils ont menée et qu’on excuse facilement ce tapage du désarmement. J’ai rencontré aussi dans les rues de Londres des gentlemen correctement vêtus titubant d’un réverbère à l’autre, et plus souvent encore des femmes ivres-mortes emportées