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le choix des carrières

et de nous demander si notre but est de faire de leurs fils des petits high-life !

Sur les trottoirs du faubourg Saint-Germain j’ai souvent fait une rencontre qui évoquait en mon esprit les jolis vers de François Coppée dans lesquels il dépeint le petit garçon pâle, à la mine aristocratique, au grand col blanc, au costume de drap fin, marchant posément à côté de son abbé, dont il vient de répondre la messe à l’église voisine ; et l’abbé méditant, cherchant quelque ruse discrète, quelque périphrase adroite pour apprendre à l’élève, dans la leçon qui va suivre,

Ce que fut son aïeul, mignon de Henri iii.

Mais monsieur l’abbé n’est pas le seul précepteur ; il y en a un autre dont il doit tolérer la collaboration ; c’est le monde, ou, si vous voulez, le chic. Ce même jour, nous retrouvons le petit garçon galopant dans l’avenue du Bois de Boulogne, sur un joli cheval qu’il manie déjà fort habilement ; son père, retenu au cercle par une élection, n’a pu l’accompagner et il est suivi d’un domestique irréprochable, bottes à revers, culotte blanche et ceinture de cuir. Plus loin encore un de ses petits amis l’a rejoint, enchanté de trouver quelqu’un à qui faire admirer un pantalon de cheval porté pour la première fois et ne faisant pas un pli. La conversation s’établit : les chevaux de courses, les tailleurs,