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pédagogie sportive

relle n’a pu être celle du poing qui demande une contrainte et un assouplissement artificiels préalables. Il était plus naturel à l’homme primitif de s’emparer d’un bâton ou même de lutter simplement corps à corps ou encore de chercher à frapper par le jet d’une pierre. Les escrimes d’Extrême-Orient sont demeurées des spectacles et n’ont donné naissance à aucune institution pédagogique sauf — plus tard, au Japon — le jiu-jitsu.

Dans l’Inde comme en Égypte nous trouvons trace de certains jeux qui nous mettent en présence de l’instinct de jeu[1]. Cet instinct est d’ordre animal ; de jeunes animaux jouent. Même en y ajoutant l’observation de règles conventionnelles, le jeu parmi les humains ne devient pas sportif par lui-même ; il ne conduit pas l’effort au delà du plaisir. Pour qu’il en soit ainsi, il faut une éducation sportive préalable. La chasse a eu manifestement une origine utilitaire. Il a dû en être de même de la navigation. D’ailleurs le monde antique ne construisait point d’embarcations et ne possédait guère de cours d’eau propices au sport de l’aviron.

Avec la pratique de l’équitation, nous touchons à l’orgueil de la vie qui est un incitant sportif. Comme l’a écrit plaisamment de nos jours un américain, le cheval donne à son cavalier « la sensation d’avoir quatre jambes ». Il lui communique la griserie de la vitesse. Or cela est de tous les temps. L’équitation antique s’était grandement développée chez les Per-

  1. Dans les attributs du dieu Vischnou figurent une massue et une espèce de disque dans lesquels on a prétendu voir une évocation de l’idée sportive. La chose est inadmissible, cette idée paraissant totalement étrangère aux conceptions philosophiques hindoues.