Page:Pierron - Histoire de la littérature grecque, 1875.djvu/228

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Je ne prendrai donc pas le début de la première Olympique, objet jadis de si vifs débats, ni aucun des morceaux que dans notre langue on appellerait pindariques, au sens vulgaire de cette expression, mais quelque chose de simple, au moins relativement, surtout de clair et net, et qui réponde à quelqu’un de ces sentiments que la nature humaine n’a pas dépouillés depuis le temps de Pindare. Tel me semble le récit du dévouement de Pollux, dans la dixième Néméenne :

« Castor et Pollux passent alternativement un jour dans la demeure de Jupiter leur père chéri, et un jour sous les cavernes de la terre, dans les tombeaux de Thérapna, partageant ainsi le même destin. C’est que Pollux a mieux aimé cette existence, que d’être entièrement dieu et d’habiter le ciel, après que Castor eut péri dans un combat. Car Idas, courroucé de l’enlèvement de ses bœufs, avait percé Castor d’un coup de sa lance d’airain.

« Du haut du Taygète, Lyncée avait découvert les Tyndarides assis sur le tronc d’un chêne ; Lyncée, dont l’œil était le plus perçant de tous les yeux mortels. Aussitôt, d’un pas rapide, partent les fils d’Apharée [Lyncée et Idas], et ils s’empressèrent d’exécuter un coup hardi ; mais ils furent cruellement châtiés par les mains de Jupiter. Le fils de Léda sur-le-champ s’élance à leur poursuite ; et eux lui font tête près du tombeau paternel. Ils arrachent une pierre polie, décoration sépulcrale, et la jettent à la poitrine de Pollux. Mais ils n’écrasèrent point le héros, ni ne le firent reculer. Pollux pousse en avant, armé d’un javelot rapide, et enfonce l’airain dans les flancs de Lyncée. Puis Jupiter frappe Idas de la foudre embrasée et fumante…

« Bien vite le Tyndaride revient près de son vaillant frère. Castor n’était pas encore expiré : il le trouve râlant avec effort. Il verse des larmes brûlantes, et s’écrie à haute voix : « Fils de Cronus, ô mon père ! quel sera le terme de mes douleurs ? Envoie-moi aussi, dieu puissant, la mort comme lui… » Il dit ; Jupiter vint à lui, et lui adressa ces mots : « Tu es mon fils ; mais celui-ci a reçu la vie d’un germe mortel déposé plus tard dans le sein de ta mère par le héros son