Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, III et IV.djvu/172

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avec la parole toute seule ? Mais si leurs moyens diffèrent, leur caractère et leur but se confondent ordinairement ; et la rhétorique, comme la poésie, ne se propose guère que de plaire au peuple, et non de le servir, ou de servir les intérêts de ses passions, et non pas ses intérêts moraux. Jusqu’ici l’orateur a-t-il été autre chose qu’un courtisan, et la rhétorique qu’une espèce particulière de la flatterie ?

Le vrai orateur et la vraie rhétorique ont devant les yeux un autre but. Le vrai orateur ne veut que le bien ; il cherche à être utile, il ne songe pas à plaire ; il aime et sert le peuple, il ne le flatte pas. Comme il voit les choses de haut et dans leur ensemble, et que des lumières supérieures lui ont appris les conséquences inévitables du vice, c’est dans leur source qu’il attaque ces conséquences, et sa pensée est toujours avec l’ordre ; l’ordre est sa loi suprême, la sphère où lui-même habite sans cesse, et vers laquelle il