Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, III et IV.djvu/21

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


dit. — Tant mieux, lui ai-je répondu. Mais qui t’amène si matin ? — Protagoras est ici, m’a-t-il dit se tenant debout vis-à-vis de moi. — Il y est d’avant-hier, lui ai-je réparti : ne viens-tu que de l’apprendre ? — Je ne l’ai appris que cette nuit. [310c] En disant cela il s’est approché de mon lit à tâtons, s’est assis à mes pieds, et a continué de cette manière : Hier au soir, fort tard, à mon retour du dème d’Œnoé[1], où j’étais allé pour rattraper mon esclave Satyrus qui s’était enfui ; et j’avais résolu de venir te dire que j’allais courir après lui, mais quelque autre chose me fit sortir cela de l’esprit ; quand je fus de retour, que nous eûmes soupé et que nous allions nous coucher, mon frère vint me dire que Protagoras était arrivé. Ma première pensée fut de venir te donner cette bonne nouvelle ; mais, réfléchissant que la nuit était trop avancée, je me couchai, et, après [310d] un léger somme, qui m’a un peu refait de ma fatigue, je me suis levé et suis venu tout courant. — Moi, qui connais Hippocrate pour un homme de cœur et qui le voyais tout effaré, je lui ai dit : qu’est-ce donc ? Protagoras t’a-t-il fait quelque injure ? — Oui, par les dieux,

  1. Il y avait deux dèmes de ce nom, l’un près d’Éleuthère, l’autre près de Marathon. WESSEL. Ad Diodor. IV, 60.