Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, III et IV.djvu/374

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de la recevoir. Il n’est pas moins vrai que, pour être un bon orateur, il faut être juste et versé dans la science des choses justes ; ce que Polus a dit pareillement que Gorgias m’avait accordé par honte. Les choses étant ainsi, examinons un peu les reproches que tu me fais, et si tu as raison, ou non, de me dire que je ne suis pas en état de me secourir moi-même, ni aucun de mes amis ou de mes proches, et de me tirer des plus grands dangers ; que je suis comme les hommes déclarés infâmes, à la merci du premier venu, soit qu’on veuille, pour me servir de tes expressions, me frapper au visage, ou me ravir mes biens, ou me bannir de la ville, ou enfin me faire mourir ; et qu’être dans une pareille situation, c’est la chose du monde la plus laide. Tel était ton sentiment. Voici le mien : je l’ai déjà dit plus d’une fois ; mais rien n’empêche de le répéter. Je soutiens, Calliclès, que ce qu’il y a de plus laid n’est pas d’être frappé injustement au visage, ni de se voir couper le corps ou la bourse ; mais que me frapper injustement moi et les miens, et me mutiler, voilà ce qui est laid et mauvais ; et que me voler, m’entraîner en esclavage, percer ma muraille, commettre en un mot quelque espèce d’injustice que ce soit envers moi ou ce qui est à moi, est une chose plus mauvaise et plus laide pour