Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, III et IV.djvu/412

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qui a toujours subsisté et subsiste encore parmi les dieux, que celui des mortels qui avait mené une vie juste et sainte allait après sa mort dans les îles fortunées, où il jouissait d’un bonheur parfait, à l’abri de tous les maux ; qu’au contraire celui qui avait vécu dans l’injustice et l’impiété, allait dans un séjour de punition et de supplice, appelé Tartare. Sous le règne de Saturne, et dans les premières années de celui de Jupiter, ces hommes étaient jugés vivans par des juges vivans, qui prononçaient sur leur sort le jour même qu’ils devaient mourir. Aussi ces jugemens se rendaient-ils mal. C’est pourquoi Pluton et les gardiens des îles fortunées étant allés trouver Jupiter lui dirent qu’on lui envoyait des hommes qui ne méritaient ni les récompenses, ni les châtimens qu’on leur avait assignés. Je ferai cesser cette injustice, répondit Jupiter. Ce qui fait que les jugemens se rendent mal aujourd’hui, c’est qu’on juge les hommes tout vêtus ; car on les juge lorsqu’ils sont encore en vie. Plusieurs, poursuivit-il, dont l’âme est corrompue, sont revêtus de beaux corps, de noblesse et de richesses ; et lorsqu’il est question de prononcer la sentence, il se présente une foule de témoins en leur faveur, prêts à attester qu’ils ont bien vécu. Les juges se laissent éblouir par tout cela ; et de plus eux-mêmes jugent vêtus, ayant devant leur âme des