Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, III et IV.djvu/514

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lès, cela n'est pas trop bien avisé à toi de faire toi-même et de chanter ton hymne de triomphe avant d'avoir vaincu ! — Mais, Socrate, me dit-il, ce n'est pas à moi que s'adressent mes vers et mes chants. — Tu ne le crois pas du moins. — Et comment en serait-il autrement ? [205e] — C'est toi, te dis-je, toi surtout à qui se rapportent toutes ces poésies. Si, en effet, tu réussis, après avoir placé si haut tes amours, tous ces éloges, tous ces chants tourneront à ton honneur, et seront dans le fait pour toi une sorte d'hymne de triomphe, comme ayant fait une pareille conquête ; si tu échoues, au contraire, plus tu auras exalté, par tes éloges, celui que tu aimes, plus tu feras un triste personnage, frustré [206a] de si grandes et si illustres amours. Ainsi, mon cher, en amour, quiconque est un peu habile n'a garde de célébrer ce qu'il aime avant d'avoir réussi, par une sage méfiance de ce qui peut arriver ; sans compter que d'ordinaire le bien-aimé, quand il se voit célébrer et vanter de la sorte, devient fier et dédaigneux. N'es-tu pas de cet avis ? — J'en conviens, me dit-il. — Et plus ils ont de fierté, plus ils sont difficiles à vaincre. — Cela doit être. — Que dirais-tu d'un chasseur qui effaroucherait la proie qu'il veut surprendre, et la rendrait plus difficile à attein-