Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, III et IV.djvu/529

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qu'il y eût amitié entre tous deux ; maintenant ni l'un ni l'autre n'est ami à moins que tous deux ne s'aiment réciproquement. — Nous avons l'air en effet de nous contredire. — Ainsi, quiconque aime n'est point l'ami de ce qui ne lui rend pas pareille affection. — À ce qu'il semble. — Ceux-là donc ne sont pas amis des chevaux auxquels les chevaux ne rendent pas le même attachement. Autant en dois-je dire des amis des cailles, des chiens, du vin, des exercices gymnastiques, et aussi des amis de la sagesse, à moins que la sagesse ne les aime à son tour ; ou bien, quoique chacun d'eux aime [212e] toutes ces choses, il n'est point leur ami. Dès lors, quand le poète a dit,

« Heureux celui qui a ses enfans pour amis, avec des coursiers agiles, des chiens pour la chasse, et un hôte dans les contrées lointaines[1]

le poète a donc menti ? — Non, je ne le pense pas.

  1. Le texte dit : Heureux celui auquel sont des enfans amis (c'est-à-dire chéris), des coursiers, etc. La phraséologie grecque permet d'entendre ces mots comme s'il y avait, auquel sont amis des enfans, des chevaux, etc., ce qui fait porter le mot et l'idée d'amis sur tous les autres objets, par une extension évidemment fausse, mais que la grammaire ne réprouve pas positivement. Pour rendre à-la-fois le sens naturel de ces vers et le sens que leur prête Socrate, il nous a fallu faire une phrase très embarrassée. On trouve dans le second Alcibiade un pareil exemple d'interprétation arbitraire. Ici les deux vers en question sont de Selon, d'après ce qu'attestent les Scholies d'Hermias sur le Phèdre, citées manuscrites par Ruhnken (voyez Callimaque, édit. d'Ernesti, fragments, pag. 421), et publiées depuis en totalité par Ast. (Voyez p. 78.)