Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, III et IV.djvu/530

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


— Tu penses qu'il a raison de s'exprimer ainsi ? — Sans doute. — Ainsi l'objet aimé est l'ami de celui qui aime, soit qu'il l'aime à son tour, soit qu'il le haïsse ? Par exemple, les petits enfans nouveau-nés, qui n'aiment pas encore leurs père et mère, ou même qui les [213a] haïssent lorsque l'un ou l'autre les châtie, sont, dans le temps qu'ils les haïssent, leurs amis au plus haut degré. — Il faut bien l'admettre. — Il s'ensuit que l'ami n'est pas celui qui aime, mais celui qui est aimé. — Il est vrai. — De même l'ennemi sera non pas celui qui a de la haine, mais celui qui en est l'objet. — D'accord. — En ce cas, il arrive que bien des gens sont aimés par leurs ennemis et haïs [213b] par leurs amis, et qu'ils sont les amis de leurs ennemis et les ennemis de leurs amis, s'il est vrai que l'ami soit, non l'aimant, mais l'aimé. C'est pourtant là une chose bien déraisonnable, mon cher, ou plutôt impossible, ce me semble, d'être l'ennemi de son ami et l'ami de son ennemi. — Ton observation me paraît juste, Socrate. — Si