Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, III et IV.djvu/532

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et charmé d'ailleurs de l'intelligente curiosité de son camarade, je me tournai [213e] vers lui pour lui adresser la parole : Oui, mon cher Lysis, lui dis-je, je crois que tu as raison, et que si nous eussions mieux dirigé cette discussion, nous ne nous serions pas égarés de la sorte. Eh bien, renonçons au chemin que nous avons pris ; il me paraît trop difficile : je suis d'avis que nous en suivions un autre vers lequel nous nous sommes déjà tournés, et que nous considérions ce que disent [214a] les poètes. En fait de sagesse, les poètes sont nos pères et nos guides. Vraiment, ils ne nous expliquent pas mal l'amitié ; ils nous disent que c'est Dieu lui-même qui fait les amis, en les conduisant l'un vers l'autre. Ils s'expriment à-peu-près en ces termes, s'il m'en souvient bien :

Un Dieu rapproche ceux qui se ressemblent[1],

[214b] et fait qu'ils se connaissent. N'as-tu jamais rencontré ces vers-là ? — Si fait, Socrate. — Tu auras peut-être aussi rencontré les ouvrages de certains hommes fort habiles qui disent précisément la même chose, savoir, que le semblable est toujours et nécessairement ami de son semblable[2] ; je veux parler de ceux qui traitent,

  1. HOMÈRE, Odyss. XVII, 218.
  2. C'est la doctrine d'Empédocle. Voyez ARISTOTE, Eth. VIII, I. DIOG. DE LAËRTE, VIII, 76.